[RUSSIE - Nicolas II] Nicolas II, tsar malgré lui

507ca8c3ff0d5f9b5194fb4331f72b3c26 mai 1896, Moscou. Le peuple moscovite, en liesse, se masse dans les rues de la ville sur le parcours qui mène le jeune empereur Nicolas II jusqu’à la cathédrale de la Dormition. Vêtu d’un manteau d’or et d’hermine aux armes de l’empire russe, le nouveau tsar reçoit l’imposante couronne impériale des mains du métropolite de Saint Pétersbourg. Une fois couronné, Nicolas II prend entre ses mains une couronne plus petite et la pose au dessus de la tête de sa femme, l’impératrice Alexandra. Ainsi le tsar de toutes les Russies reçoit en ce jour glorieux les pouvoirs absolus selon la volonté de Dieu. Il devient ainsi le dix-huitième souverain Romanov sur le trône de Russie. Mais les célébrations organisées pour le couronnement furent noircies par deux événements, l’un symbolique et l’autre bien réel. Lorsque l’empereur franchit le mur qui sépare les popes du peuple, le collier de l’ordre de Saint-André-l’Apôtre se décrocha de son cou et tomba sur les marches. Cet incident, en apparence anodin, sera rapidement vu comme un mauvais présage pour le règne à venir. D’autre part, pour faire plaisir aux habitants de la cité, un grand stand fut étable sur une place de Moscou pour offrir gratuitement des boissons. Une gratuité qui sera fatale puisqu’un mouvement de panique apparu dans une foule immense. Mile-trois-cent personnes perdirent la vie pour la plupart piétinées sur les pavés de la place. Ainsi débute le règne du tsar Nicolas II, tsar malgré lui.

Cet article vous propose de découvrir le règne de Nicolas II au travers sa vie personnelle tourmentée et les dérives politiques et sociales qui conduisirent à la chute du plus grand empire du monde.

 

 

Nicolas II, 1910

Le jeune prince russe

55c5e199eb89ead7ae0bbf5fc0d15402Nicolaï Alexandrovicth Romanov naît le 6 mai 1868 au palais de Tsarskoïe Selo, à une vingtaine de kilomètres de Saint Pétersbourg. Il reçut d’abord une éducation classique puis spécifique avec des professeurs qui ne pouvaient lui poser une quelconque question. Il montre un certain talent pour la musique, les arts, et parle couramment l’anglais, l’allemand et le français. Cependant les formations militaires sont pour lui d’un ennuie total. Il est alors troisième dans l’ordre de succession au trône. Mais le 13 mars 1881, il est conduit dans la chambre de son grand-père Alexandre II. Il découvre un homme au visage déchiré par une bombe installée par un révolutionnaire qui explosa alors que l’empereur se rendait à un défilé militaire. Nicky (pour ses proches) devient « mortellement pâle » à la vue de son grand-père mourant, selon les propos de l’un de ses cousins présents. L’empereur meurt quelques heures plus tard après une lente agonie. 

Si ce beau jeune homme sportif aux yeux bleus montre une fière allure, il s’ennuie de presque tout ce qui entoure sa future fonction alors que son père, Alexandre III, tente désespérément de le former au « métier » d’empereur.

Après s’être amouraché d’une danseuse polonaise, Alexandre III décide d’envoyer Nicky le représenter au Japon en 1891 et ainsi tenter de mettre un terme à cette idylle non appropriée pour un héritier impérial. Durant ce voyage, il est victime d’un attentat commis par un policier qui était chargé de sa protection, l’agressant à l’aide d’un sabre. La lame glissa sur l’oreille droite et le tsarévitch échappa de peu à la mort. Cet attentat aura pour conséquence un sentiment antijaponais farouche éprouvé par Nicolas.

En 1893, Nicolas rencontre Alix de Hesse-Darmstadt, petite-fille préférée de la reine Victoria, et tomba rapidement amoureux. Malgré le désaccord de son père qui ne voulait pas d’une alliance russo-germanique, le couple se fiance le 8 avril 1894 au château de Cobourg en présence de la reine Victoria. Pour l’occasion, Alix se convertit à l’orthodoxie et prit désormais le prénom d’Alexandra.

Alors même que le couple n’est pas encore marié, Alexandre III rendit son dernier souffle le premier novembre 1894. Le tsarévitch lui succède donc à l’âge de vingt-quatre ans sous le nom de Nicolas II.

Nicolas et Alexandra avec dans ses bras Olga en compagnie de la reine Victoria, 1895

 

Incipit d’un règne peu prometteur 

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Nicolas II et Alexandra, 1894

Malgré le deuil national en vigueur, Nicolas et Alexandra décidèrent de s’unir devant Dieu le 14 novembre 1894, dans la chapelle du palais d’Hiver à Saint Pétersbourg. La nouvelle impératrice est pourtant malaimée. Jamais elle ne sera véritablement acceptée par la Cour et le peuple russe qui ne voulaient pas d’une princesse allemande, et la trouvaient froide et distante. Un an plus tard, Alexandra accouche de leur premier enfant : Olga. Suivent alors Tatiana (1897), Maria (1899) et Anastasia (1901). Longtemps l’impossibilité de l’impératrice de pouvoir mettre au monde un héritier lui sera reprochée. L’impératrice le vit très mal. Elle se renferme sur elle-même au sein des palais impériaux, uniquement entourée de sa femme de chambre. Cette incapacité tant critiquée la conduit peu à peu dans un mysticisme. Elle s’entoure d’icônes dorées dans sa chambre, passe son temps à prier et à consulter des charlatans censés l’aider à avoir un garçon.

Finalement ces prières portèrent leur fruit puisque le 12 août 1904 naît un petit garçon nommé Alexis. Mais dix mois plus tard, des saignements venants du nombril de l’enfant apparurent. Ce furent les symptômes révélateurs de l’hémophilie du petit. Cette maladie, héritée de la reine Victoria, est transmise par les femmes. Alexandra se sentira toute sa vie coupable d’avoir transmis cette maladie incurable qui provoque des saignements excessifs et des ecchymoses sur le corps du malade. Dès lors le couple impérial vivra dans l’angoisse totale autour de la santé du jeune prince qui à la moindre chute pouvait encourir une hémorragie interne. Aucun médecin ne réussit à guérir, ou même soulager, Alexis. La santé fragile du tsarévitch conduit la famille impériale à s’enfermer dans ses palais, à tel point que leurs sujets commencèrent à se demander : « où est notre tsar ? »

Face à ce malheur personnel et familial qui semble n’avoir aucune solution, un courant révolutionnaire montre le bout de son nez dès 1895 avec Lénine et son Union de combat pour l’émancipation de la classe ouvrière. L’opinion publique souhaitait l’établissement de réformes mais l’autocrate s’y opposait systématiquement. La crise économique commença alors. La misère prit possession de la majeure partie des Russes tandis que le pays devait se résigner à l’emprunt à l’étranger. Face à ces problèmes sociaux et économiques grandissant apparait le marxisme. Pour sa part, Nicolas II restait figé dans ce monde clos que formaient ses palais, se montrant totalement indifférent des problèmes qui se présentaient à ses sujets. C’est dans ce contexte de crise et d’indifférence de la part du chef d’Etat que naît un sentiment révolutionnaire.

Il faut donc tenter de limiter cette montée révolutionnaire. La solution pour Nicolas II est de renforcer l’alliance franco-russe débutée par son père afin, il l’espère, d’obtenir une aide de la part de la République française. Le 5 octobre 1896, Nicolas, Alexandra et Olga arrivèrent alors par voies des chemins de fer à Paris pour une visite d’Etat, accueillis par Félix Faure. Durant ce voyage de trois jours constitué de visites aux châteaux de Versailles et des Tuileries, si Alexandra parut froide et distante aux Français, Nicolas montra un visage enjoué, attentif et sympathique. Le peuple de France est sous le charme. La visite impériale est alors un véritable triomphe qui montre l’importance et la durabilité de cette alliance.

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Les enfants Romanov, 1911

1905, l’année noire

C’est en 1905 que le sentiment antijaponais du tsar se manifesta. Le Japon voulait élargir ses territoires vers la Chine. Allié à celle-ci, Nicolas prit les armes contre l’empire japonais. Mais la Russie accumula les défaites militaires. Une défaite qui eut pour conséquence un fort mécontentement de la population face aux grandes pertes humaines qu’elle engendra. Les révolutionnaires profitèrent de cette colère pour organiser des grèves et des manifestations.

Celle du 22 janvier 1905 marqua particulièrement les esprits au point d’être surnommé le Dimanche rouge. Une manifestation populaire et pacifiste qui avait pour point final la place du palais d’Hiver où trente mille personnes s’y rassemblèrent. Cette manifestation avait pour but de demander à l’empereur du pain, des réformes politiques, sociales et agraires pour lutter contre la grave crise économique dont fait face la Russie. Nicolas II n’était pas au palais d’Hiver à ce moment précis mais au palais Alexandre. Face à des manifestants calmes, non armés et dévoués à leur souverain, le ministre de l’Intérieur posta des soldats pour y mettre un terme. Nicolas II, mal conseillé, ordonna soudainement à son armée de faire feu sur les manifestants. Résultat, pas moins de cinq mille victimes sont dénombrées, un véritable bain de sang dont le peuple russe ne se remit jamais. Nicolas II devient alors Nicolas le Sanglant. Pour lutter contre la barbarie tsariste, les grèves se multiplièrent. Le principal problème est que, tandis que les actes révolutionnaires augmentent, Nicolas II reste à l’écart, bien au chaud dans son palais Alexandre au lieu de retourner au palais d’Hiver, au centre du mécontentement. Ces mouvements révolutionnaires finirent même par ternirent les relations avec la France qui se tendirent.

La politique tsariste finit par basculer. Le 17 octobre est créée la Douma, le premier parlement russe qui est inauguré un an plus tard en grande pompe dans l’immense salle du trône du palais d’Hiver. La monarchie absolue de droit divin est ainsi remplacée par une monarchie parlementaire.

 

Raspoutine, le guérisseur ou usurpateur ?

Mte5ntu2mze2mzuznji3nju5La vie personnelle de la famille impériale n’en est pas moins réjouissante en cette année 1905. C’est durant cette année que l’hémophilie d’Alexis est découverte alors qu’il n’était qu’un nourrisson. Alexandra, conseillée par sa femme de chambre, demanda l’aide d’un moine sibérien ayant la réputation d’avoir des dons de guérison : Raspoutine.

Né en 1872, Grigori Raspoutine attire les grandes dames de l’aristocratie russe, très admiratives des dons du colosse d’un mètre quatre-vingt-treize. Ce moine au regard envoutant, une barbe mal entretenue et des cheveux gras et longs avaient en fait pour principaux dons une grande capacité de persuasion et de pressentir l’avenir. Pour soulager le tsarévitch, Raspoutine supprime l’aspirine qui lui avait été administré par ses médecins alors qu’il avait pour effet d’aggraver les hémorragies, en plus de quelques prières prononcées au-dessus du lit de l’enfant et devant le regard admiratif et effrayé d’Alexandra. Raspoutine mélangeait la médecine moderne avec les savoirs traditionnels des vieux sages. Pour plaire à une impératrice de plus en plus mystique, il lui parle de théologie. Pour plaire à un tsar désireux de mieux connaître son peuple, il lui décrit la vie sociale telle qu’il l’a vécu.

Très vite la présence de Raspoutine devint indispensable et irremplaçable aux yeux du couple impérial. Rapidement, Raspoutine bénéficia d’une immense influence sur la politique du tsar Nicolas. Alexandra était complètement sous le charme du magnétiseur, comme envoutée. On le consulte pour tout. Il conseil l’empereur dans ses choix de ministres et des méthodes de répression des mouvements révolutionnaires. Ainsi, alors que Nicolas II est sur le front ouest, le 6 janvier 1916 Alexandra lui écrit ces mots : « Notre ami regrette qu’on ait commencé l’offensive sans demander son avis, il t’aurait conseillé d’attendre ».

Malgré ces malheurs qui s’accumulent, le 21 février 1913, reste dans la mémoire russe comme un jour prestigieux. En ce jour, l’empire célèbre le tricentenaire de la dynastie des Romanov sur le trône de Russie. Pour l’occasion, des opéras, théâtres, défilés militaires, bals et inaugurations sont organisées. Une journée qui apparait comme la dernière où le tsar semble soutenu par l’intégralité d’un peuple dévoué. Chacune des apparitions de la famille impériale montre l’angoisse qui entoure l’état de santé du tsarévitch. Comme pour cacher la faiblesse de l’héritier qui se tort de douleurs, Alexis est toujours porté par un immense cosaque au crâne rasé. Malgré tout, à la fin de cette journée de liesse nationale, les problèmes qui minent la Russie ne disparurent pas pour autant.

 

La Première Guerre Mondiale

1102606491 1« Ne fais pas la guerre ! Un nuage effrayant s’étale sur la Russie. Malheur ! Elle sera toute submergée de sang. Et sa perte sera totale. » C’est ainsi que Raspoutine exprima son ressenti à l’empereur face à la guerre sanglante qui s’annonce. Malgré tout, le premier août 1914 l’Allemagne déclare la guerre à la Russie alliée à la France et à l’Angleterre. L’empire entre dans un conflit européen voué à devenir mondial.

Très vite apparut le problème des origines allemandes d’Alexandra. Le sentiment antigermanique qui envahit la Russie mettait à mal la popularité incertaine de la tsarine. Pourtant, bien que germanophile, elle était plutôt une anglophile chevronnée. Face à ce sentiment antigermanique montant, Nicolas II décida de changer le nom de la capitale en Petrograd le 18 août 1914 car, Saint Pétersbourg sonnait trop germanique. Malgré tout, le tsar ayant décidé de se tenir au plus près de ses troupes en les dirigeant lui-même depuis un quartier général situé sur le front, c’est Alexandra qui fut désignée pour régner et gouverner l’empire en l’absence du tsar. Une décision qui s’avéra une faute fatale. Les Russes n’abandonnèrent pas leur souverain pour autant puisqu’un grand sentiment patriotique envahit alors le pays au départ. Mais rapidement, comme pour le conflit russo-japonais, les défaites militaires s’accumulèrent, démoralisant le moral des troupes. L’armée russe n’était pas prête au combat et finit, dès 1917, à manquer de tout. Malgré tout, l’armée russe joua un grand rôle dans le destin de la France face à une Allemagne de plus en plus menaçante. L’offensive russe sur le front Est en Allemagne a permis de démobiliser des régiments allemands présents durant la bataille de la Marne. Sans l’action de l’armée russe, les Allemands auraient pu envahir Paris très rapidement et ainsi infliger à la France une occupation humiliante, comme ce fut le cas après la défaite française de 1870.

La solitude d’Alexandra dans les hauteurs du pouvoir permit à Raspoutine d’augmenter encore davantage son influence politique sur la tsarine. Toutes les décisions prisent par le couple durant la Grande Guerre furent aboutis selon la volonté de Raspoutine. Ainsi le 20 janvier 1916, Nicolas nomma Stürmer, un homme d’origine allemande, Premier Ministre sous les « conseils » de Raspoutine. Ce qui fut certainement une erreur étant donné ses origines, la guerre contre l’Allemagne et le sentiment antigermanique qui règne en Russie.

 

Raspoutine est alors de plus en plus perçu comme le mal qui détruit le régime par son influence politique sur le tsar. Le prince Félix Youssoupov, cousin de Nicolas II, l’un des plus fortuné de l’aristocratie russe faisait partis de ces personnes de haut rang qui croyait fortement à cette thèse. L’empereur est sourd, aveugle et loin, et l’impératrice est envoutée par cet homme. Pour guérir la Russie la mort de Raspoutine est inévitable. Youssoupov est complexé de ne pas avoir été appelé à servir son pays, l’assassinat de Raspoutine est donc vu comme un devoir pour lui. Le 16 décembre 1916, il organise avec l’aide de quatre complices le meurtre du colosse de Sibérie entre les murs de son palais en prétextant l’organisation d’une fête mondaine. C’est par la voie du poison (le cyanure) qu’est pensé l’assassinat. Mais Raspoutine ayant résisté à l’administration du poison mortel, il finit par mourir des balles tirées par le revolver de Pourichkevitch (l’un des complices de Youssoupov). Son corps finit jeter dans les eaux glacées de la Neva. Selon son autopsie, Raspoutine meurt en fait pour cause de noyade. Alexandra est alors dévastée que celui qui réussissait à guérir son fils soit mort, contrairement à Nicolas II ne fut pas aussi affecté. Face à la mort de Raspoutine la Russie se divise. En ville, on est soulagé qu’il ne puisse plus humilier personne ; en campagne, on est scandalisé qu’un homme venu du fin fond de la Russie, religieux et qui soignait un enfant soit assassiné par un prince.

Raspoutine se savait menacé d’un assassinat. Il a donc rédigé un testament avant l’heure fatidique où il écrivit ces mots prémonitoires : « Si je suis tué par des hommes ordinaires, par mes frères, toi, Tsar Nicolas, tu vivras. Tu resteras sur le trône et tes enfants vivront. Si je suis tué par des seigneurs, des aristocrates, mon sang coulera sur toute la Russie, et ils devront quitter le pays qui basculera et sera vaincu. » Sa mort montre au peuple russe la faiblesse de Nicolas II : sa solitude, incapable de prendre des décisions seul, mal conseillé, entouré d’une femme étrangère déséquilibrée. Au lieu d’admettre la monarchie parlementaire et écouter la Douma il s’enferme dans son palais de Tsarskoïe Selo. Face à cette guerre il aurait fallu un pouvoir fort, ferme et lucide mais il n’en est rien. A la suite de cet événement, des manifestations hostiles à l’empereur commencent à apparaître avec des manifestants armés qui veulent jurer fidélité seulement au parlement.

 

L’inévitable abdication

4b75989322193aad0afff9b7ea1435d1Pour mater les manifestations qui apparurent à Petrograd, Nicolas décide de quitter son quartier général et retourner au palais d’Hiver. Mais le parlement et les plus hauts dirigeants de l’empire demandent son abdication. Au cours de son voyage pour rentrer dans sa capitale, sous la pression de ses officiers présents usés par ses incompétences militaires et des députés, Nicolas II finit par accepter l’inévitable. Il abdique donc le 15 mars 1917 en faveur de son fils. Mais étant donné l’état de santé du tsarévitch, le trône est laissé à son frère cadet le grand-duc Michel. La régence est donc écartée. Michel II n’était pour autant pas décidé à accepter la couronne. Il finit, lui aussi, par abdiquer le lendemain. La Russie des tsars tombe ainsi dans l’oubli. Un gouvernement provisoire prend alors la place de la monarchie pour diriger le pays.

L’impératrice apprend la nouvelle deux jours plus tard au palais de Tsarskoïe Solo. Elle s’écrit :  « Ce n’est pas possible !... Ce n’est pas vrai ! C’est encore une invention des journaux !... Je crois en Dieu et j’ai foi dans l’armée. Ni l’un ni l’autre n’ont pu nous abandonner dans une heure aussi grave ! »

Que faire alors de l’ancienne famille impériale ? Le gouvernement provisoire demande d’abord à l’Angleterre d’accepter la famille Romanov en exile mais George V, cousin de Nicolas II, refuse. C’est par ces mots que le Premier Ministre Lloyd George répondit à la demande du gouvernement russe : « Sa Majesté ne peut s’empêcher de penser, en tenant compte des dangers du voyage, mais aussi de considérations générales, qu’il ne serait pas raisonnable que la famille impériale soit installée dans notre pays. » Même le Danemark, où réside la famille d’Alexandra, refusa de les accueillir.

Le Soviet (assemblée qui représentait les travailleurs, soldats de Petrograd, rival du gouvernement provisoire) considérait l’ex tsar comme un tyran et voulait plutôt l’emprisonner, le juger et le condamner à mort. En attendant toute décision qui les concerne, les Romanov sont assignés à résidence au palais Alexandre, surveillés nuit et jour. Une captivité qui durera cinq mois pendant lesquels les enfants contractèrent la rougeole en juin 1917. Pendant son « incarcération » au palais Alexandre, Nicolas s’occupe comme il peut. Il lit les journaux, fume ses cigarettes, se promène entouré de soldats qui le surveille, complète des puzzles et ramasse la neige. Pour Alexandra cette épreuve est une punition divine qu’ils doivent accepter. Elle ne supporte pas que l’un de ses geôliers lui donne des ordres, ayant une grande estime de sa position sociale et du caractère divin des pouvoirs impériaux qu’ils possédaient.

Nicolas II et le tsarévitch Alexis, 1915

 

De prison en prison

18 yjg1dLe 1er août 1917, Kerenski, alors maître de la Russie, décide de mettre la famille Romanov dans un train direction Tioumen en Sibérie pour y prendre un bateau afin d’arriver à Tobolsk. Un voyage d’une semaine véritablement épuisant. La famille est délocalisée pour éviter que des monarchistes s’empressent de remettre Nicolas sur son trône. Là ils sont détenus dans l’ancienne demeure du gouverneur de la ville.

L’hiver vient. Il fait -38 en cette fin 1917 à Tobolsk ce qui rend leurs conditions de détention et de vie extrêmement dures. A leur arrivée ils apprennent la révolution d’octobre, la prise du palais d’Hiver, la chute du gouvernement provisoire et de Kerenski, et l’avènement du bolchevisme et de Lénine. Lénine signe l’armistice le 3 mars 1918. La Russie a perdu la guerre et abandonne de nombreux territoires. Nicolas est dévasté mais l’important, pour lui, est de resté unis entre les membres de sa famille et ses fidèles. Leurs conditions de vie sont d’autant plus dures que les soldats accumulent les humiliations envers eux, n’hésitant pas à les empêcher de manger. Mais la famille est aidée par des paysans du village qui leur apporte de la nourriture.

En avril 1918 le régime veut transférer la famille dans un nouveau lieu tenu secret. Mais Alexis étant très malade (ses jambes sont paralysées couvertes d’hématomes), il est décidé de les transférer par deux convois distincts : d’abord le couple et Maria, puis les autres une fois Alexis remis. La famille est séparée pour la première fois. Ils croient partir pour Moscou (redevenue capitale), mais la r »alité est toute autre. Ils sont amenés par voies ferrées à Ekaterinbourg, une cité minière devenue sous l’entière tutelle des bolchéviques sur le versant oriental de l’Oural.

Les otages Romanov deviennent ainsi une monnaie d’échange en cas d’attaque contre-révolutionnaire. Ils sont conduits dans une maison blanche appelée « maison Ipatiev » du nom de son ancien proprio, un officier du génie. Elle était entourée de planches de bois pour protéger la maison des regards indiscrets. L’humiliation envers les Romanov continue de plus belle. Par exemple, le geôlier aimait laisser l’ancien tsar dans des habits usés pour se moquer de lui. Ils sont menacés de travaux disciplinaires. Le pire pour eux est d’être séparé. Quelques semaines plus tard Alexis, Anastasia, Tatiana et Olga les rejoignent enfin. La famille est de nouveau réunie. Une joie immense les envahit alors. Mais dans le même temps une partie de la suite de fidèles qui les suivaient depuis le départ furent séparés de la famille pour être emprisonnés ou réexpédié à Tioumen. Seuls cinq serviteurs restent à leur disposition : le docteur Botkine, le cuisinier Kharitonov, le marmiton Siednev, le valet de pied Troupp et la femme de chambre Demidova.

Pour se protéger des humiliations des soldats, Nicolas reste muet, Alexandra s’énerve. Si Nicolas a toujours su rester digne, Alexandra était hautaine, ne parlant presque pas. Pendant leurs récurrentes promenades, Nicolas porte Alexis dans le jardin de la maison puisqu’il ne marchait toujours pas.

A la suite de la Première Guerre Mondiale, une guerre civile succéda entre des Rouges bolchéviques et des Blancs monarchistes. La nouvelle d’une armée Blanche qui avance sur Ekaterinbourg commence à arriver. Alexandra commence à sentir qu’ils ne seront jamais libérés à temps en disant « l’Ange approche… ». L’avancée rapide de cette armée Blanche met les Rouges dans une course contre la montre. Que faire pour mettre fin à cette guerre civile et prendre le contrôle définitif du pays ? En d’autres termes, que faire des Romanov ?

 

Dénouement tragique d’un règne

16 juillet 1918.

Dans la soirée, Tatiana lit la bible à sa mère. La famille dine à 20h et part se coucher deux heures plus tard. Il est minuit quand le nouveau chef de la maison Ipatiev, Yourovski, vient réveiller la famille et ses domestiques brusquement. Prétextant d’une insurrection en ville, il les fait tous descendre dans les sous-sols de la maison. Nicolas descend avec son fils affaiblis dans les bras pour arriver dans une salle vide et sombre au papier peint défraichi. Yourovski prétend que la raison de leur présence dans cette pièce est l’attente de voitures. Nicolas demande des chaises, on en apporte trois pour lui-même, sa femme et Alexis. Tous les autres sont debout derrière l’ancien couple impérial. Anastasia porte l’épagneul de Tatiana et la femme de chambre un oreiller contre son ventre. Le silence règne éclairé par une lampe à huile. Il est 3h15 quand onze hommes entrent armés dans la pièce depuis une porte menant sur l’extérieur. Ces hommes sont en majorité des Lettons (population indigène de Lettonie) et des prisonniers austro-hongrois.

Le commandant de la maison annonce alors : « Nicolas Alexandrovicth, vos amis ont essayé de vous sauver, mais ils n’y ont pas réussi. Nous sommes dans l’obligation de vous fusiller. Votre vie est terminée. » Le tsar répond étonné, effrayé : « Quoi ? ». Ce fut son dernier mot. Il est fusillé le premier, puis Alexis qui tombent tous les deux de leur chaise. Au milieu de cris et des coups de feu effroyables tous sont fusillés. Une fois tous à terre, ceux qui ont le malheur de respirer encore sont transpercés par des baïonnettes sauf Alexis qui fut transpercé de balles tirées par le revolver de Yourovski.

Nous savons aujourd’hui que cette tuerie fut réalisée sous l’ordre de Lénine afin de détruire l’image de l’ancienne Russie et ainsi entrer dans une Russie bolchévique. Leurs corps sont transférés dans la forêt voisine et brûlés pour éviter aux monarchistes de se réunir sur un lieu de culte. Ainsi, s’acheva le plus grand empire du monde : dans le sang.

L.K.G

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Probablement le mur de la pièce de la maison Ipatiev où se déroula le massacre.

Sources :

La Saga des Romanov, Jean Descars

Nicolas II, Marc Ferro

Date de dernière mise à jour : 26/03/2017

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